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Edité par Campo Santo
Développé par Campo Santo
Sortie en France le 09 Fevrier 2016

 

 

“ Promenons nous dans les bois ”

Cette fois on s’intéresse au très atypique Firewatch.  Il s’agit du premier jeu du studio indé Campo Santo (en tant que tel) mais ce n’est pas un coup d’essai pour ses créateurs qui, à eux tous, sans entrer danse le cv de chacun, ont bossé sur des projets tels que the Walking Dead, Tales of Monkey Island, Resistance 3, ou encore Sam & Max the devil’s playhouse… Bref, du beau monde !

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Firewatch c’est l’occasion pour vous d’enfiler votre sac à dos, et de vous glisser dans la peau de Henry, quarantenaire barbu et bedonnant, qui accepte un travail de garde forestier pour toute la durée de l’été 1989. Calmez votre joie néanmoins, il ne s’agit pas de vacances : Henry est là pour faire le point, ou plutôt une pause, dans sa vie de merde. En effet, l’introduction vous apprend la terrible maladie de Julia, votre femme, l’amour de votre vie, atteinte de démence et bien sûr : incurable.

Après un postulat de départ des plus joyeux, vous prenez votre fonction dans le magnifique parc de Yellowstone, haut perché dans votre tour !

 

Premier constat : c’est beau ! Le choix du cel shading rend très bien sur cet environnement immense et sauvage, en plus de conférer au jeu, une identité visuelle plus singulière. La nature est luxuriante, les couleurs chatoyantes mais attention à ne pas y regarder de trop près : textures disgracieuses, ou en vacances, Firewatch s’apprécie plus dans sa globalité qu’à la loupe.

C’est donc dans cet dans endroit de rêve que vous allez passer les deux prochains mois…irl comptez plutôt 4 à 6h, selon votre goût pour la contemplation et l’exploration. Deux mois donc, avec pour seul et unique contact, votre supérieure hiérarchique Delilah : personnage de première importance qui, quant à  elle, occupe la tour d’en face (pour vous inaccessible). A l’occasion de plusieurs appels radio, elle vous confiera des missions qui vous amènerons à explorer de superbes paysages.  Ses petites excursions vont, petit à petit, amorcer un scenario pour le moins prenant. Sans entrer dans les détails, j’avoue avoir été totalement absorbé par cette intrigue qui brouille les pistes en les multipliant, nous faisant spéculer à tout va sur la nature du scénario : Est-ce thriller ? Un complot ? Un canular ?

firewatch fouinerLa narration pousse à la paranoïa en balançant toutes sortes d’indices et évènements qui stimulent efficacement notre imagination. Pour faire simple, j’ai eu le même genre d’excitation et d’effervescence d’idées, qu’à l’époque de la série LOST.

Comprenez bien que c’est la résolution globale de l’histoire qui est un challenge et non pas l’exécution des tâches relatives à votre travail ou à l’exploration. On vous donne, au coup par coup, un morceau du puzzle, mais ce titre ne vous opposera aucune résistance. Il peut, et même doit être fait de préférence en une traite, pour apprécier pleinement ce qu’il a à nous offrir.

Les musiques nous mettent bien dans l’ambiance, en restant discrètes, ne rompant ainsi pas avec ce sentiment de solitude que dégage Firewatch.

Une solitude également ressentie par l’absence flagrante de vie animale dans un espace prétendument sauvage… Mais il aurait peut-être été appréciable de rencontrer plus d’animaux, d’avoir une faune plus présente et diversifiée, sans pour autant en faire un zoo bien sûr…

En tant que garde forestier, vos meilleurs amies seront votre boussole, et une carte évolutive que vous aurait le loisir de compléter petit à petit, notamment en découvrant toutes les caches disséminées ici et là aux quatre coins des bois.

Ces bois vous les arpenteraient avec humilité, dans le sens ou vous êtes aux commandes d’un personnage aux compétences restreintes et réalistes : 

Vous pouvez courir, mais vous verrez que Henry n’est pas Usain Bolt. Vous pouvez sauter certains petits espaces, mais avec la grâce d’un quarantenaire pépère. Enfin, il vous faudra descendre en rappel, tranquillou, chaque pente trop abrupte.

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Bref, vous êtes un « monsieur tout le monde », et pas un personnage de Call of Duty ! Et ça change d’être dépourvu des capacités physiques hors normes, auquel le jeu vidéo nous habitue. Mais après tout, Firewatch n’est pas un jeu habituel….

Il y a une certaine passivité imposée au joueur, qui me fait dire que Firewatch est presque autant une expérience cinématographique que vidéoludique. Campo Santo est clairement dans la démarche de nous raconter une histoire.

Certes, vous exécutez vos tâches de garde forestier : vous inspectez une colonne de fumée, vous trouvez des objets, des notes, des indices, mais vous n’avez pas besoin de les mettre en corrélation avec d’autres pour faire progresser l’histoire : Dans votre tête oui, naturellement, ça carbure grave sur le sens à donner à tout ce bordel (c’est tout l’intérêt d’ailleurs),  mais le jeu ne vous sollicitera pas avec des énigmes interactives pour progresser.

Car ici, bien que l’on soit dans un pseudo open world, c’est le jeu qui vous dicte son rythme, notamment via des ellipses imposées qui chapitre l’œuvre. Vous pouvez cependant explorer à votre gré chaque fourré (ce que je vous invite à faire), mais dans l’ensemble, le jeu demeure assez dirigiste. Un dirigisme qui est parfois mal camouflé et un poil frustrant (murs invisibles, évidence des sentiers principaux) mais bon… là je chipote !

En plus, ces petits écueils sont de toute façon très vite éclipsés par une histoire captivante, portée par des personnages attachant et criant de réalisme (notamment grâce à des dialogues très bien écrits, et tout aussi bien interprétés).

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Car on touche là à une autre force du jeu : ses personnages et à a fortiori, ses acteurs, qui nous gratifient d’une très belle VO (sous-titrable en français pour les moins anglophones), et qui donne corps aux personnages de Henry et Delilah. C’est un véritable plaisir de suivre les correspondances radio de ces deux personnages, et de surcroit d’y prendre part, grâce à un système de dialogue à choix multiples.

Plusieurs fois dans le jeu, vous avez le choix d’utiliser (ou non) votre talkie-walkie, pour parler à Delilah : un conseil, fait-le à chaque fois que cela est possible ! Ne ratez pas une occasion de voir le background des personnages s’étoffer, ce serait vraiment dommage…

Notons que  le personnage de Delilah gagne en charisme à n’être qu’une voix. Au cinéma on parle souvent du pouvoir évocateur du hors champ. E bien ici  c’est la même chose : on ne voit pas Delilah, on l’entend, on la devine dans sa tour, perchée à l’autre bout de la montagne, mais elle demeure inaccessible et donc, d’autant plus intéressante.

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Ainsi que ce soit pour démêler les mystères de cette forêt, ou pour s’épancher de façon plus intimes, on se régale à chaque nouvel échange, et plus important encore : on y croit ! On comprend, dès le début de l’aventure, l’enjeu moral de cette rencontre et le conflit intérieur que veulent susciter les développeurs chez le joueur. C’est vraiment bien pensé et particulièrement original d’aborder la question du couple, plus encore sous cette angle, dans un jeu vidéo. Trop peu de titres encore jouissent de cette maturité pour soulever les problématiques traitées par Firewatch. C’est pour cette même raison que le jeu ne plaira vraiment pas à tout le monde, et surtout pas au plus jeunes, qui ne se sentiront (je pense) pas touchés par les tracas des personnages ni par les  questions existentielles qu’ils se posent. Et c’est bien normal.

La fin peut en décontenancer certains, et laisse plusieurs questions en suspens. Là encore, le syndrome LOST peut se faire ressentir, mais pas forcément pour le meilleur…

Ça aura cependant le mérite de laisser aller votre imagination et de faire couler de l’encre sur les forums !

Le Jeu vidéo souffre, une fois de plus, d’une appellation générique restrictive pour une expérience comme Firewatch. Car on est ici moins dans le jouer, que dans le ressentir, on est moins dans l’interaction, que dans la narration. Il s’agit d’un objet singulier qui peine à trouver sa place, comme avant lui Gone Home ou encore Dear Esther (pour ne citer qu’eux).

Firewatch est un titre fort de son ambiance et proposant une expérience atypique pour un public averti. C’est une parenthèse dans la vie d’un homme triste, une pause dans les couloirs du temps, pour quelqu’un qui a résolument besoin de tourner une page de son existence. Un sujet pour le moins original servit par une narration maitrisée et des personnages plus vrais que nature.  Bref, C’est un très bon jeu pour qui saura apprécier la passivité, et se laisser raconter une histoire mature et touchante qui, dans le paysage vidéo ludique, sort clairement des sentiers battus. Alors si vous en avez le cœur, faites votre paquetage et bonne rando !

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