Stanley banniere

Edité par Galactic Cafe
Développé par Galactic Cafe
Sortie en France le 17 octobre 2013

 

 

“ Master of Puppets i'm pulling your strings (?) ”

stanley pod

 Émergeant d’un paysage vidéoludique souvent trop formaté, il arrive qu’un ovni se distingue du lot ! Stanley Parable fait partie de ces jeux ! J’ai eu le plaisir de faire ce titre à sa sortie en 2013 et force est de constater qu’encore aujourd’hui, le bougre n’a pas pris trop de rides !

Créé à partir d’un mod d’Half Life 2 à l’initiative du studio Galactic Cafe, Stanley Parable vous propose d’endosser le rôle de l’employé numéro 427. Stanley de son petit nom… Vous faites le même travail de con, tous les jours, depuis des lustres, obéissant inlassablement aux commandes dictées par votre ordinateur, lorsqu’un beau jour : plus d’instruction. Rien. Aucune directive.  Et pas un seul pelé dans les bureaux pour vous aider. Tout le monde a disparu. Vous êtes seul, dans cette étrange entreprise sans qu’on puisse vous dire quoi faire.

Enfin… presque seul… car c’est là qu’entre en jeu la principale constituante de ce titre, à savoir : la voix off.

Loin de se cantonner à n’être qu’un simple narrateur, cette voix est un véritable personnage à part entière qui va induire les choix que vous devez faire (en plus de supposer l’état d’esprit de Stanley, de commenter les environnements que vous arpentez et les décisions que vous prenez).Seulement voilà, vous pouvez choisir d’être ce Stanley, docile et soumis à la voix off, qui va suivre les instructions sans broncher, ou, à contrario, de faire vos propres choix, et de défier le dictat de la narration.

stanley freedom

Et oui, vous pouvez décider d’envoyer se faire foutre le narrateur et d’explorer les bureaux à votre guise. Ce ne sera pas sans conséquence, vous vous en doutez…. On touche alors à l’essence même du titre : la question du choix et de la pseudo liberté au sein du média vidéoludique.

On vous dit de prendre à gauche, et vous prenez à droite ? Ou alors vous décidez de ne pas bouger ? Ou carrément de faire demi-tour ? Aucun problème, tout a été pensé en amont par les développeurs pour vous proposer une expérience incroyablement adaptative. Quelque soit vôtre attitude de défiance, d’obéissance ou d’incohérence vis-à-vis du narrateur et de son histoire, ce dernier adapte ses lignes de dialogues d’une façon qui donne l’illusion d’une réelle spontanéité.

Tantôt sarcastique, tantôt colérique, parfois philosophique, mais toujours amusant, le narrateur, véritable dieu au sein du jeu, vous régalera de ses répliques et ses coups fourrés. Il peut aussi bien s’adresser à Stanley, personnage fictif, qu’à VOUS, joueur installé derrière votre ordi. Il y a ainsi quelque chose de très méta dans la façon qu’a eu Galactic Cafe de traiter la question du choix, du libre arbitre, et des limites de ces derniers dans le Jeu Vidéo.

stanley humour

Un reboot après l’autre, vous sentez bien que c’est bien vous, joueur, qui affrontez, ou plutôt tentez d’affronter vainement le média vidéoludique. C’est toi, assis sur ton fauteuil que l’on essaie, partie après partie, de soumettre. Le jeu peut donc se résumer à une sorte d’éternel recommencement, où vous livrez à chaque fois un nouveau bras de fer contre le narrateur, qui se fera une joie de très vite briser vos tentatives d’émancipation. Ce dernier a jusqu’à la capacité de modifier le level design pour vous contraindre, et il peut aussi décider de faire redémarrer l’histoire. Oui, c’est un gros bâtard.

Mais ce n’est pas grave, on y retourne, et de bon cœur, ne serait-ce que pour voir jusqu’où les gars de chez Galactic Cafe ont anticipé nos réactions de joueurs. Pour une fois, on en vient même à se demander si c’est nous qui jouons au jeu, ou si ce n’est pas plutôt le jeu qui joue avec nous… Pour ma part le titre me donne toujours l’impression d’être une souris dans un labyrinthe, d’être un cobaye au service d’une force supérieure, d’être… dépassé. Ce n’est pas facile à définir, mais c’est aussi ce qui est cool avec Stanley Parable : c’est une expérience vraiment singulière qui, de fait, ne plaira pas à tout le monde.

stanley choix

Cependant, si la perspective de faire chier une voix off autoritaire en faisant n’importe quoi vous séduit, et bien envisagez peut-être de vous y coller ? Si dans un jeu vous êtes du genre à vous demander « hé hé, il se passe quoi si je touche à ça ? Et il se passe quoi si je vais par-là ?» Si vous êtes ce genre de petit fouineur qui aimez sortir des sentiers de la narration pour aller voir ce qui se cache aux alentours, bah franchement, laissez-vous tenter.

Stanley Parable est clairement un jeu fait pour les curieux, et même dirais-je, pour les curieux dissidents. Votre seule arme ici, c’est votre pourvoir décisionnel (même si un certain fatalisme finit par s’installer). Et oui, les mecs de chez Galactic Cafe connaissent bien les habitudes des joueurs, on a même parfois l’impression qu’ils entrent dans notre tête tant la destruction de certains rituels, de certaines conventions, est parfaitement « timée » et orchestrée. Vous allez avoir le loisir de l’expérimenter, un croisement après l’autre, une porte après l’autre, surtout si comme moi vous aimez être contrariant.

Pourtant, pas évident de prétendre avoir l’ascendant sur le jeu à un quelconque moment, tant chaque action et chaque trame, a été pensée au préalable.

En cela il est difficile de dire quand vous avez terminé le jeu, puisque dans l’absolu vous pouvez le finir en quelques secondes. Bien évidemment, tout l’intérêt de Stanley Parable réside dans l’expérimentation des possibles.

Finir le jeu une fois ne sert strictement à rien…autant ne pas jouer.

Comptez cependant entre 4 et 6 heures pour faire le tour (grossièrement) de toutes les possibilités et des répliques du narrateur qui sont brillamment écrites, et délicieusement interprétées par Kevan Brighting.

Difficile de vous en dire plus sur ce jeu qui se définit plus par son concept que par son gameplay, si ce n’est que j’ai pris un pied monstre à m’y replonger, et que j’espère vous aurez le même plaisir si vous vous y essayiez.

Pour finir, je dirais que Stanley Parable est un titre drôle et intelligent, qui maîtrise aussi bien le fond que la forme de son propos. Avec l’illusion d’une infinité de choix, le titre de GalacticCafe nous plonge dans un véritable dédale de possibles savamment articulés par un narrateur, aussi mégalo que fendart. Les musiques orchestrales un peu typées « les Sims » contribuent ponctuellement à certains effets comiques, et globalement à une ambiance tantôt enjouée, tantôt mystérieuse.

Clins d’œil et références cachées sont au rendez-vous dans cet environnement changeant que vous arpenterez encore et encore, animés par l’envie de voir jusqu’où vous pouvez aller… enfin, jusqu’où on vous autorise à aller.

Alors, employé numéro 427, il reste une question à laquelle il va falloir répondre… Etre Stanley, ou ne pas être Stanley ?

stanley 2doors

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